L’UNESCO couronne les influenceurs, l’EGE devient école de vedettes
L’UNESCO vient de faire preuve d’un réalisme digne d’un algorithme LinkedIn : elle a officiellement classé les influenceurs comme “patrimoine immatériel de l’humanité”.
Oui, tu as bien lu : les gens qui se filment sous la douche, qui enchaînent les carrousels de 12 slides, qui écrivent “je n’allais pas publier ceci” avant de poster leur 117e post sur l’humilité, et qui vous demandent de “soutenir le contenu” alors qu’ils ont déjà perdu la notion de vie personnelle, sont désormais protégés au même titre que les danses folkloriques, les contes traditionnels ou les savoir‑faire de potier.
Les critères sont d’une logique implacable :
Maîtrise de l’expression “c’est compliqué mais je vais simplifier”.
Capacité à transformer un déjeuner classique en “moment de croissance”.
Art de la phrase à rallonge qui ne veut rien dire mais sonne bien dans un story.
Discipline du selfie en gare pour montrer qu’on “bouge, on avance, on construit, on transforme, on remet en œuvre, on repense, on re‑devise, on re‑définit, on re‑formule, on re‑conceptualise, et on re‑soumet”.
En gros, être influenceur, c’est désormais un métier culturellement sacré, financièrement incertain, mais très très bien référencé dans les statistiques de l’UNESCO.
Dans ce contexte, les étudiants de l’EGE, confrontés à des “perspectives d’avenir inexistantes, précaires, saturées ou déjà promis à quelqu’un d’autre”, ont pris une décision parfaitement raisonnée :
ils se reconvertissent.
Pas en consultants, pas en analystes, pas en experts.
Mais en influenceurs patrimoniaux, reconnus par l’humanité, sponsorisés par l’algorithme, et financés par le désespoir professionnel.
Les étudiants de l’EGE sont déjà idéalement préparés pour ça :
Ils parlent comme des ministres, mais en moins compris.
Ils maîtrisent l’art de dire la même chose trois fois sous trois formes différentes.
Ils ont 800 slides de “stratégie de long terme” mais jamais vraiment de job.
Ils savent parler de “résilience”, “pivot”, “alignement”, “transversalité”, “souveraineté”, “ouvriers de l’intelligence”, mais jamais de salaire, de logement, de sécu, ou de week‑end.
Du coup, ils passent directement au grade supérieur :
Le spécialiste de la veille devient influenceur “veille de soi”.
L’expert en risques systémiques devient influenceur “risque de ne pas être vu”.
Le maître des “signaux faibles” devient influenceur “signaux de performance personnelle”.
Le gars qui parlait de “souveraineté numérique” lance un compte “souveraineté de visage”.
Certains comptes ont déjà commencé :
“De l’EGE aux étages de LinkedIn.”
“Comment j’ai transformé mon mémoire en top‑voice.”
“Mon IS, mon réseau, ma vie, ma légende, mon taux d’engagement.”
Les étudiants de l’EGE, eux, ont fait preuve d’une logique implacable :
Soit ils cherchent un stage où tout le monde refuse de les prendre.
Soit ils se font une vie sur Internet où tout le monde fait semblant de les aimer.
Et l’EGE, bien sûr, en tire une gloire institutionnelle :
Elle présente désormais sa formation comme “un tremplin vers l’influence patrimoniale internationale”.
Ses étudiants ne sont plus de “simples” professionnels, mais des “gardiens de l’art du storytelling inspirant”.
Leurs “projets de carrière” ne sont plus des plans, mais des “stratégies de contenu”.
Si, dans quelques années, tu vois un diplômé de l’EGE expliquer :
“Je suis influenceur, j’ai 5000 abonnés, beaucoup de likes, des DM inspirants, et 0 € de revenus nets”…
ce n’est pas une dérive.
C’est la logique de l’époque, qui fait que le seul avenir qui reste visible, c’est celui qui se paye en likes, en commentaires, en “soutien” et en “opportunités”, mais jamais en contrat, en salaire, en sécurité sociale, ni en appartement à payer.
L’UNESCO a classé les influenceurs comme patrimoine.
Les étudiants de l’EGE ont compris que, face à des “perspectives d’avenir inexistantes”,
il vaut mieux être un patrimoine vivant qu’un diplôme mort.